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dimanche 12 octobre 2008

Interview de Patrick Eudeline (Cabaret Freaksville #3)

"L’électro, c’est un cache-misère."

Toujours dans le cadre de la troisième édition du Cabaret Freaksville au Botanique, nous avons rencontré Patrick Eudeline, ex-membre du groupe punk légendaire Asphalt Jungle et qui aujourd'hui encore est un des fleurons de la scène rock française. Rencontre sans tabous.

Music Report : Patrick Eudeline, vous venez souvent en concert à Bruxelles ou en Belgique, et même simplement en tant que touriste. Je vous pose cette question parce que vous êtes connu pour être un grand amoureux de Paris, et c’en est étonnant de vous voir ici.

Patrick Eudeline : Non, j’aime bien le nord. Ç’aurait été plus étonnant si on était à Marseille. Je suis déjà venu à Bruxelles pas mal de fois, j’ai joué au …( ?), c’est tellement vieux qu’on en parle même pas. C’était l’époque punk. Mais sinon, oui, je connais bien la ville. Il m’arrive de sortir de Paris, faut pas croire tout ça, même si j’aime bien cette ville. En fait, du moment que ça reste au nord de la Loire, il n’y a pas de problème, c’est en-dessous de la Loire que j’ai des problèmes.

Avant un concert, comme maintenant, que faites vous ? Vous écoutez un certain de type de musique ? Vous prenez un verre ? Vous discutez avec les autres musiciens ou autres groupes ?

Comme tout le monde, c’est-à-dire que la musique partage cela avec le cinéma : c’est toujours très long, il y a plein de temps perdu pour la demi-heure, l’heure, les deux heures que tu restes sur scène. Donc avant un concert, lorsque la balance est faite, tu traînes pendant tout ce temps-là dans les coulisses. C’est lourd mais c’est propre à cette activité-là. C’est comme le cinéma où tu attends des journées entières pour le moment où tu vas tourner. Mais là je fais comme tout le monde, je parle avec des amis, je passe le temps.

Pas de stress particulier ?

Toujours un peu. Mes stress sont toujours techniques : la guitare qui refuse de s’accorder par exemple. J’ai peur des choses techniques, on ne va pas rentrer dans les détails. Mais les gens peuvent s’en rendre compte et je sais à quel point ça peut pourrir le truc. C’est ça qui me fait peur, comme la guitare qui sur scène se désaccorde d’un coup.

Toujours concernant la scène, on sait que vous avez joué entre autres avec les musiciens d’AS Dragon et aussi de Tanger. Comment « recrutez »-vous ces personnes ? Par affinité musicale ? Par des connaissances ? Ou alors ce sont des amis de longue date ?

Le terme « recruter » est presque désagréable. Ce n’est pas cela qui s’est passé...

D’où les guillemets !

En fait, j’enregistrais un disque et j’ai pensé aux meilleurs musiciens possibles que je connaissais. Puis par affinités. Ils sont plus jeunes que moi, mais ils ont une certaine culture, un certain bagage musical. Et aussi on partage le même style. Pour moi c’était une évidence de leur demander. Et ça l’est toujours, même si AS dragon n’existe plus en tant que tel, et que Tanger a fait un retour. Mais on garde les mêmes racines, la même façon de jouer.

Justement, concernant Tanger. Le dernier album, vous l’avez aimé ?

J’ai envie de dire « Joker ». Oh, et puis ils le savent, je leur ai dit. Il n’y a pas de problèmes. Je trouve juste un peu dommage qu’en pleine période de conneries électro, techno et tout ça, eux ils faisaient de la musique pure, avec que des instruments vintage. Et maintenant qu’il y a ce retour des guitares acoustiques, où tout le monde est folk, qu’il y a un retour vers les choses importantes, à l’essentiel, eux ils font un album électro. Je pense que c’est un petit peu dommage. Et je crois que la vérité, ce qu’on dit rarement sur l’électro, c’est que c’est un cache-misère. C’est-à-dire que l’on n’a pas les moyens de faire un vrai album en studio alors on bidouille un truc sur un ordinateur et on appelle cela électro parce que ça fait plus riche. L’électro c’est ça, et aussi des gens qui ne savent pas jouer et qui sont obligés d’utiliser des samples et des logiciels.

Mais les textes de Pigeard restent…

Ha non, attention ! Je dis cela dans le contexte, parce que c’est dommage pour Tanger. Mais il reste encore de grandes chansons, le style, les textes. Le problème est peut –être ce côté électro qui a été mal compris dans le dernier album. Mais évidemment que les chansons sont superbes, les textes très bien. Je ne suis pas en train de critiquer Tanger, loin de là.

Vous reprenez encore des anciennes chansons de l’époque d’Asphalt Jungle ? Comme par exemple Polly Magoo ou Planté comme un privé qui sont parties intégrantes de l’histoire du punk français.

Oui… mais non. Dans le sens où je reprends Polly Magoo si j’ai un groupe électrique derrière moi, si j’ai des amis qui ont envie de le faire. Mais dans mon répertoire aujourd’hui je n’en ai pas envie… Ni Planté comme un privé d’ailleurs ! Ce sont des choses que je suis content d’avoir faites et je trouve que dans leur genre ce sont de bonnes chansons. Mais aujourd’hui je pense que ça ne serait pas logique… Quoique j’ai un très beau souvenir, c’était il y a 3-4 ans au Gibus (ndlr: club parisien), à l’époque de ce « retour », avec tous ces gamins de 15-16 ans qui connaissaient les paroles par cœur et qui les reprenaient alors que je les avais chantées il y a 30 ans au même endroit ! Ca fait quelque chose, c’est assez fort. Mais si ce n’est pas dans des circonstances un peu spéciales comme celles-là, je n’ai pas envie de reprendre ces morceaux. Il y a bien un ou deux morceaux que je reprend de cette époque-là, comme Asphalt Jungle parce que le texte est intemporel et que c’est la première chanson que j’ai composée et dont j’ai écrit les paroles. De ce fait il y a aussi une certaine tendresse par rapport à ce morceau.

Vous avez à nouveau droit à un joker pour cette question. Quels sont vos favoris de cette nouvelle scène composée de « gamins » parisiens, comme vous dites ?

C’est compliqué. Des gens comme les Naast, les Shades, tous ceux-là ont une vraie ambition, une vraie force, mais les BB Brunes ont le savoir-faire en plus et leur place est méritée. C’est normal que les BB Brunes cartonnent là où les autres restent marginaux parce qu’ils savent écrire des chansons, bouger sur scène, etc. Ce sont eux qui gagnent le « jackpot » et je trouve ça normal, même si les autres une ambition plus intéressante intellectuellement. Quand Gustave des Naast me dit qu’il s’est inscrit à la Schola Cantorum pour apprendre le violon et l’orchestration comme faisait Eric Satie, et qu’il est fan de Burt Bacharach, moi ça me touche. Mais les BB Brunes, ils ont le truc, c’est un putain de bon groupe et, je le répète, leur succès est tout à fait normal.

Vous avez publié il y a quelques années un recueil de vos articles intitulé « Gonzo ». Aujourd’hui vous tenez une rubrique dans le magazine Rock’n’Folk qui se nomme « La vie en rock ». Vous truffez ces articles de références à votre passé, à vos souvenirs personnels. Vous pensez être du mouvement Gonzo ?

Si on veut, mais en même temps ça ne veut rien dire. Ce que je sais c’est que je n’ai jamais été et ne serai jamais – et rien que l’idée me fait vomir – journaliste, je ne sais pas ce que c’est que ça. Je raconte ma vie tout simplement maintenant que je peux me le « permettre ». Dans « La vie en rock », je ne fais que ça : je parle de gens que j’ai connus personnellement ou qui me touchent vraiment. C’est « littéraire » ; la manière d’écrire n’est pas si éloignée du roman, même si par définition le roman est une fiction avec des personnages inventés, bien que comme disait Flaubert, on n’invente jamais aucun personnage. Donc c’est un peu le même principe ; ça pourrait être une nouvelle. Je veux que ça soit comme ça ; ça m’intéresse pas de chroniquer un disque, ça fait 20 ans que je l’ai pas fait et j’ai aucune raison de le faire.

Vous avez d’autres projets en développement, que ce soit au niveau littéraire ou musical ?

Au niveau littéraire, c’est simple, il y a un roman qui va sortir chez Grasset. J’ai attendu exprès chez Grasset deux ou trois ans entre les romans pour que ça ne devienne pas quelque chose de systématique avec tous les ans ou tous les deux ans « boum » : un nouveau roman. Ca tue un peu la force et la surprise du truc donc j’ai attendu d’avoir à nouveau quelque chose à dire de fort. Le prochain s’appellera Des drugstores par milliers chez Grasset. Au niveau musical, j’écris des chansons pour d’autres artistes, c’est une grande partie de mon activité en ce moment. Sous mon nom je traîne beaucoup avec les gens de Freaksville, justement !

A ce propos, comment avez-vous été intégré dans ce Cabaret Freaksville ?

Tout simplement parce que je connais Jacques Duvall depuis longtemps. La vraie histoire, c’est qu’on s’est retrouvés au fin fond de la Belgique, à Arlon. Il y avait un concert où je partageais l’affiche avec Jacques. L’organisateur avait eu envie de nous faire venir, mais indépendamment : je ne savais même pas que Jacques était là et je l’ai appris sur la route. C’est la que j’ai rencontré Benjamin (ndlr : Miam Monster Miam alias Benjamin Schoos) et toute la bande. C’était il y a presque un an maintenant, je crois.

On a fait un peu le tour de vos activités : écrivain, écrivain d’articles – puisque journaliste ne vous convient pas -, musicien, vous avez aussi joué dans des films, fait un peu de télévision, notamment dans Punk Press Club avec Bertrand Burgalat et Philippe Manœuvre… Est-ce que vous avez encore le temps de vous faire chier ?

Non, je n’en ai pas le temps ! C’est un concept sur lequel Lou Reed a écrit de très belles chansons mais je crois que je ne me suis jamais ennuyé dans la vie. Même la nuit quand je suis insomniaque et que le sommeil ne vient pas d’ailleurs. Et puis il y a toujours des choses à apprendre et à découvrir… Donc non, je n’ai vraiment pas le temps de m’ennuyer ça c’est clair !

Quelle est votre playlist-type du moment ?

Oh, j’écoute toujours un peu les même vieilles conneries… Ca me parait comme une évidence que, comme pour le jazz ou la musique classique, ce qu’il y a de fort dans le rock appartient au passé. Maintenant on est passé à une autre période. Je trouve donc en général plus intéressants les chanteurs et chanteuses que les groupes de rock à proprement parler. Disons que je ne vais pas m’amuser à écouter les Arctic Monkeys chez moi ; j’ai tous les disques des Who, des Kinks et tout le reste, je connais ! Par contre je trouve qu’en France, les chanteuses ont souvent plus de talent que les chanteurs ou les groupes. Tout ce que j’entend, d’Aldebert à je-ne-sais-qui, je trouve ça un peu « pas terrible », pour rester poli. Alors que avec des chanteuses comme Emilie Loiseau ou Camille, il y a une vraie force, des vraies chansons. En fait tout le monde croit que je suis très rock mais au niveau de la forme musicale je suis écartelé entre la pop et le blues. Et quand je dis la « pop » c’est la vraie pop, même les trucs des sixties en France. Fondamentalement, ce que j’aime c’est le rythm’n’blues, la pop et les choses comme ça. C’est ce que j’écoute et que j’ai toujours aimé. Même la chanson française : Nougaro, Brel et tout ça. Je ne suis donc pas tant que ça tourné vers le rock. Même les Stooges, de toute ma vie je ne les ai pas tellement écoutés ; j’écoute plus facilement Otis Redding. J’idolâtre Phil Spektor aussi ! J’adore tout ce qui est français, je parle de la grande époque… J’ai une vieille fascination pour Polnareff, pour Gainsbourg évidemment… Même les trucs français mineurs des sixties comme Cédric et Cléo, j’adore ça ! Ca va même jusqu’au Fléchettes !

Vous pensez plutôt mourir en trébuchant sur scène et en vous fendant le front sur un de vos amplis ou en allumant une de vos éternelles cigarettes dans une station essence ?

Tant qu’à faire, sur scène évidemment ! J’espère pas en trébuchant parce que ce n’est pas très élégant. Je préfèrerais une crise cardiaque façon Molière, mais on ne fait plus les trois coups donc c’est raté. Donc plutôt en trébuchant et en me cassant la figure ça fera un peu Charlie Chaplin quand même !

Le clip de Mauvaise étoile :

Interview de MrScotch (Akanight)

"Le système de la vente des disques et de musique en général est saturé, obsolète."

A l'occasion de l'Akanight (ce vendredi 10 octobre), qui rassemblait la crème des artistes Akamusic, nous avons interviewé MrScotch, qui nous a servi un show électro-funk déjanté.

Music Report : Salut MrScotch. Tu cumules pas mal de styles différents : funk, jazz, soul ou électro comme ce soir… Tu as besoi
n de cette diversité ?

MrScotch : C’est vrai que j’ai un besoin de toucher à beaucoup de choses parce que je n’aime pas rester coincé dans un seul style et je trouve mon inspiration dans différents styles de musique. C’est vrai que chaque musique apporte quelque chose de différent et j’aime bien toucher à ces différentes choses !

Quel est cet instrument atypique que tu arbores sur scène ?


C’est simplement un clavier qui se porte en bandouillère. Il n’y a aucun son à l’intérieur ; je le branche sur un module. L’idée c’est qu’il y a toujours la frustration du pianiste d’être assis derrière un piano ou debout derrière ses claviers. Là pour une fois on peut se déplacer avec son instrument et bouger librement ! C’est ça qui m’a vraiment attiré dans cet instrument.

Ce soir on verra plusieurs artistes de styles très différents. Tu as eu l’occasion de les rencontrer ?

Oui, tout à fait ! J’ai d’ailleurs eu l’occasion de rencontrer le groupe Roscoe qui joue juste avant moi, ils sont très sympathiques. D’ailleurs la question de style ne se pose pas en fait : chacun a son propre truc et on se rencontre, et ça c’est intéressant. Mais c’est vrai qu’il y a des styles très différents dans la soirée. J’ai rencontré également le rappeur V.O.Kal qui va venir faire une petite intervention dans mon set. Il fait également quelque chose de totalement différent de ce que je fais, mais les rapports se passent très bien ! C’est donc intéressant de les rencontrer.

Pourquoi as-tu choisi Akamusic pour te produire ?


Je pense que à l’heure actuelle, le système connu dans la vente des disques et de musique en général est saturé, obsolète. Ce qui fonctionne c’est tout ce qui est alternatif. Vu que Akamusic est le premier site web à proposer ça en Belgique, je me suis dit que ça valait la peine d’essayer au moins de lancer une production, d’autant plus que je ne m’engage pas vis-à-vis d’Akamusic tant que je n’ai pas atteint la somme qui doit être récoltée par les producteurs. Donc pour moi c’est une expérience et une manière intéressante de sensibiliser le public qui prend conscience de ces nouvelles manières de produire les artistes et réalise que le consommateur peut lui-même être plus qu’un consommateur mais être vraiment producteur et s’investir dans la carrière de l’artiste. C’est beaucoup plus intéressant car un échange peut se faire. Ce que j’avais envie de développer – mais ça demande du temps – c’est carrément un vrai dialogue avec les producteurs, leur dire « je veux faire telles et telles choses, qu’est-ce que vous en pensez ? » Akamusic permet ce dialogue en proposant d’inclure des sondages, en communiquant avec les producteurs, … Leur système me paraissait intéressant et j’ai donc eu l’envie de faire l’aventure avec eux.

Donc à quand un premier album de MrScotch, ça dépendra des producteurs d’Akamusic ?


En effet ça dépend des producteurs d’Akamusic. Récemment Matthieu Bioul a réuni la somme de 50.000 euros pour réaliser son album et il a mis un peu plus de 216 jours, si je me souviens bien, soit un peu moins d’un an. Donc c’est clair que ça va prendre du temps mais je ne suis pas spécialement pressé et ça permet d’avoir du temps pour construire le projet. Et qui sait, s’il y a des producteurs fortunés intéressés, je les attends ! (Rires).

Puisque tu aimes autant t’éclater sur un piano classique que sur un synthé, lequel des deux prendrais-tu sur une île déserte ?


D’office je prend un piano ! J’ai complètement flashé sur le film « La leçon de piano » où on voit la nana sur une île déserte avec le piano sur la plage et je trouve ça excellent comme image ! Oui d’office un piano ! (Rires).

Le piano sur la plage :

mercredi 8 octobre 2008

Interview de Jacques Mercier (Cabaret Freaksville #3)

"Est-ce qu’on ne cherche pas les défis nouveaux pour avoir un peu peur ? C’est possible, sinon je ne serais pas là. "

C'est dans le cadre de la troisième édition du Cabaret Freaksville, un show musical et poétique, que Jacques Mercier récitait ses poèmes sur fond de musique psychédélique composée par Miam Monster Miam. Le célèbre présentateur de radio/télévision et écrivain nous a accordé un peu de son temps pour répondre à nos questions.

Music Report : Jacques Mercier, vous semblez être un fan assidu de site web communautaire…

Jacques Mercier : Oui je suis assez fan, je ne sais pas si ça va me passer ou si ça va durer mais c’est un réflexe pour moi d’aller, plusieurs fois par jour, voir ce qui s’y passe. En réalité il ne se passe pas grand-chose à part « être là » et refuser tous les tests etc… de temps en temps j’accepte un « groupe » quand c’est évident et que je ne peux pas dire non. Il y a le fait de pouvoir tutoyer quelqu’un qu’on ne connaît pas vraiment… Puisque je fais des émissions de radio, de télé et que j’écris, c’est intéressant d’avoir parfois des réactions. Il y a en effet plusieurs personnes, même deux ou trois seulement et cela suffit, qui me disent « il paraît que vous écrivez des poèmes, c’est quoi ? » Ces gens sont allés les acheter et ils m’envoient alors des messages plus personnels disant ce qu’ils en pensaient. C’est donc une manière de toucher le public qui est tout à fait actuelle. Au début, c’était plutôt gag parce que, comme j’avais vu qu’il y avait un ministre et maire qui avait dépassé les 5000 (ndlr : nombre « d’amis ») et que c’était le quota, je me suis fait des arguments en en parlant à l’antenne… donc ce n’est pas très « juste » et j’ai atteint évidemment plus que les 5000 mais je suis occupé d’élaguer pour ne garder vraiment que les gens que je connais.

Votre statut sur votre profil internet exprimait hier votre angoisse par rapport à votre prestation de ce soir. En quoi est-ce un défi pour vous ?

Oui, ces petites phrases qu’on met en dessous de son nom tous les matins, ça me semble intéressant, d’autant plus que finalement ça devient des petites phrases de philosophie de vie, et les personnes qui arrivent après (ndlr : sur le site) – parce que je me lève tôt – réagissent et cela, c’est assez intéressant. Bien sûr je suis angoissé comme tout le monde par l’inconnu, je ne suis pas inconscient et cette prestation-création que m’a demandée Miam Monster Miam dans son spectacle, je l’avais déjà refusée l’année passée lorsqu’il m’en avait parlé. Il m’avait dit « l’année prochaine alors ! » et j’avais dit bêtement oui. Puis quand le jour a approché, j’ai commencé à stresser en me disant « je vais aller au milieu de chanteurs confirmés sur une scène, ce n’est pas du tout mon boulot, je fais de la scène mais avec des choses très particulières à moi, donc ce n’est pas la même chose, je vais m’immiscer dans un univers de Miam Monster Miam que je connais un peu et qui est déjanté. » C’était donc une angoisse de savoir si j’allais être à ma place d’abord, si j’allais pouvoir faire ça ensuite. Bon, on vient de répéter et je pense que ça va : je parle et ils me suivent dans le texte, il n’y a pas trop de problème. Ils ont composé expressément une musique très belle et très planante, très « Pink Floyd » - c’est lui (ndlr : Miam Monster Miam) qui le dit. C’est parce que c’est tout à fait nouveau que c’est un défi et ça fait toujours un peu peur mais est-ce qu’on ne cherche pas les défis nouveaux pour avoir un peu peur ? C’est possible, sinon je ne serais pas là.



Comment s’est passée la rencontre avec Miam Monster Miam ?

Raoul Reyers, dans l’émission « les Jeux du Dictionnaire » un jour m’a dit : « j’ai entendu un disque formidable, ça doit être un Suédois, je vais essayer de l’avoir par la maison de disque et savoir d’où ça vient ». Quand il a eu le disque il a été très étonné de voir qu’il s’agissait d’un chanteur de Seraing, wallon donc, et a trouvé ça d’autant plus extraordinaire puisqu’on le prenait pour un rockeur nordique. Il a rencontré Miam Monster Miam et l’a fait venir dans l’émission. Je l’ai donc rencontré et très vite on s’est aperçu de la mélancolie de ses disques, de son univers noir. Lui-même est pourtant heureux de vivre. Il a une vue très particulière sur les médias, etc. Ayant remarqué cela, on a eu envie de le tester et depuis il fait partie intégrante de l’équipe et c’est toujours un grand bonheur de le voir. Et inversement, il intègre de plus en plus dans son équipe à lui des gens qu’on connait puisque c’est un peu la même famille d’esprit dans l’autodérision. Il y a Jacques Duvall bien entendu, Marie France qui est venue un jour – et que je viens de croiser – et qui m’a dit « voilà une nouvelle corde à votre arc ! » et aussi Juan qui a fait ses premiers pas dans la chanson sur ce label.

La musique un peu planante, déjantée qu’on entendra ce soir, c’est votre style ?

Oui pourquoi pas, c’est un peu poncif de dire cela mais j’aime toutes les musiques sauf celles qui me heurtent ou m’agressent. Ce que je viens d’entendre à la répétition et ce qu’enregistre Miam, ce sont des musiques que j’écoute régulièrement. Mais j’écoute aussi beaucoup d’autres musiques. Probablement avec l’âge avançant, j’écoute des musiques plus calmes ou plus classiques que je ne connaissais pas comme l’opéra que je détestais quand j’avais 20 ans ! Maintenant j’y reviens parce qu’après des dizaines d’années d’écoute de musiques de toutes sortes, l’oreille se forme à d’autres sons, d’autres harmonies, d’autres désharmonies aussi qui sont belles.

La musique de Miam Monster Miam qui accompagne vos poèmes ce soir, vous la connaissiez déjà au moment de l’écriture de ces même poèmes ?

Non, je ne la connaissais pas du tout ! C’est l’inverse qui s’est produit : il m’a demandé des textes en me disant que n’importe lequel conviendrait. J’ai donc regardé dans un de mes recueils qui n’est pas encore paru mais paraîtra dans un mois et demi en novembre et qui s’intitule « Proche des larmes » ; on est donc pas loin de l’univers de Miam. Je lui ai envoyé le texte et il m’a dit que c’était parfait. J’ai entendu il y a un quart d’heure pour la première fois cette musique là et c’est étrange de voir qu’il l’a mise en adéquation avec la substance de ce que je voulais dire. La poésie n’est évidemment pas en principe faite pour être récitée ni pour avoir de la musique en fond ; elle est faite pour être lue, d’une manière très personnelle d’ailleurs. En général, on ne sait pas pourquoi le poète l’a écrite et en quelle occasion, et ça ne nous intéresse pas. Mais si certains mots, si certaines phrases nous font vibrer, c’est que l’émotion se trouve, quelle que soit cette émotion. Là il s’agit donc d’un autre habillage à ce poème. J’aurais été incapable de dire qu’il faut jouer telle ou telle musique mais lui, en tant que musicien et artiste, il a senti cela. C’est assez magique.

Ne craignez-vous pas que votre texte devienne les paroles d’une chanson et que l’auditeur soit distrait par la musique ?

Dans le cas d’aujourd’hui, pas du tout, car je dis mes poèmes, je ne les chante pas. Ca a été très bien fait avant moi récemment : Michel Houellebecq l’a fait avec Bénabar. Je l’ai écouté il y a deux-trois jours pour simplement savoir sur quel ton il lance la musique. Et puis Miam Monster Miam m’a parlé de certains disques de Léo Ferré où celui-ci récitait aussi sur des musiques très planantes, il y a déjà 30 ans de cela ! Mais effectivement, il y a une manière particulière de poser le texte… Par ailleurs je récite parfois mes poèmes sur scène, et certains de mes textes ont été mis en musique mais d’une manière très particulière, sans toucher à mes textes qui n’ont pas de rimes, ne sont pas réguliers ; ce sont des images ou des mots qui se suivent. J’ai déjà donc eu cette expérience, et je crois que la différence est bien marquée. Ici, le ton est beaucoup plus projeté, plus public que ce que je fais habituellement où j’ai un micro et il n’y a qu’un piano qui m’accompagne. Ici, il y a des guitares rock : il faut que je dise (ndlr : il prend une voix théâtrale) : « Dans la rue, des étrangères… » Je dois faire cela comme ça alors que je le dirais plutôt (avec une voix plus posée) : « Dans la rue, des étrangères… » (ndlr : pour mieux comprendre ce que voulait dire Jacques Mercier sur ce dernier point, écoutez très bientôt l’interview audio, ce qui sera certainement plus explicite !)

Quel effet ça fait de participer à un cabaret, puisqu’il s’agit bien du « Cabaret Freaksville » ? Vous vous sentez une âme de meneur ou plutôt de « meneuse de revue » ?

(Rires). Pas du tout je me sens faire partie justement de ce spectacle et ça c’est très nouveau pour moi. Ce que vont faire Alexandra Vassen et Raoul Reyers ce soir, c’est ce que je fais habituellement : je présente, je suis média donc médiateur entre les artistes et le public… Mais c’est agréable, j’ai déjà eu cette sensation depuis que je suis monté sur scène moi-même, cette sensation indéfinissable et qui nous porte, nous donne une espèce de bonheur très fort que je n’avais jamais ressenti en radio ou en télévision. J’adore la radio depuis toujours, la télévision un peu moins, l’écriture encore plus, mais cela n’a jamais été un contact direct de ce que je suis avec l’âme de chaque spectateur. Cela on le sait, c’est pourquoi le théâtre existe encore, sinon il n’y aurait plus de théâtre ! Cette sensation là d’être moi-même en contact direct, je l’ai eue il n’y a pas longtemps et c’est ce qui se passe ce soir. C’est donc un vrai bonheur même si cela me fait peur. Ce seront trois minutes intenses qui valent la peine d’être vécues.

La tradition de Music Report est de finir les interviews par une question un peu décalée : cela vous arrive-t-il de mettre deux chaussettes de couleurs différentes, ou même de ne pas en mettre ? (On vous avait prévenu !)

Non, jamais. Je suis assez organisé ! (Rires).

Le site de l'Ancienne Belgique fait peau neuve

Plus joli, plus pratique et plus actuel, le nouveau site de l'AB est certainement meilleur que l'ancien. En plus, quelques trucs sympa ont été rajoutés, comme une section "vidéo" avec des extraits de concerts, des interviews, etc. Autre nouveauté : l'accent a été mis sur la communauté ; il est possible de s'inscrire et gérer un profil, avec plus d'interaction à la clé.
Le nouveau site de l'AB

YouTube va intégrer des liens commerciaux vers iTunes

Google (qui pour les retardataires est propriétaire de YouTube depuis quelques mois), qui a toujours axé son offre sur la gratuité pour les utilisateurs, a déjà fait preuve d'ingéniosité avec ses programmes AdSense (publicité Google sur les sites web) et AdWords (mots-clés sur le moteur de recherche Google). La firme de Larry Page et Sergey Brin a maintenant trouvé la recette pour générer des revenus pour la plateforme vidéo YouTube. Désormais, un lien sous une vidéo pourra renvoyer à une page Amazon ou iTunes. Exemple : si vous visionnez un clip, vous pourrez cliquer sur un lien qui vous redirigera vers l'iTunes Store. Si l'internaute achète de la musique, une commission sera reversée à Google. Et tout le monde est content... même l'internaute ? A voir.